Vidéo anti-IVG, le prof révoqué : les réactions sur un tabou - 1ere partie

Publié le par le20e

rue89

But du professeur : mettre en place un débat, et qu'il passionne les élèves. Mission réussie.

 

Ca y est, la sentence est tombée, après avoir été suspendu pour 4 mois, le professeur d'ECJS  du lycée des Iscles à Manosque a été révoqué pour avoir diffusé une vidéo anti-avortement.

Révoqué pour faute lourde : viré, il n'a plus de métier, il part sans indemnité, et il ne pourra plus travailler dans l'Education nationale.

Ca vaut le coup de s'arrêter encore une fois sur le sujet.

 

On avait eu droit la première fois à des articles médiatiques partiales - ce qui est tout à fait normal sur de tels sujets - mais aussi et surtout partiels, ce qui est grave, surtout quand on cherche la vérité.

Mon avant dernier billet  essayait de relater les faits manquants (entre autre).

 

On a aujourd'hui une seconde opportunité de se confronter aux réactions des élèves à l'époque sur cette vidéo, mais aussi des médias sur l'affaire.

Pour une fois, un article, du site Rue89 relate la plupart des faits et donne la parole aux élèves. Et c'est sur le contenu de cet article que je me propose de réagir

 

Oui la vidéo est très choquante, en témoignent ces déclarations d'élève :

 

« Ça m'a vraiment scié, c'était tellement réel, ça donnait envie de gerber », s'exclame Etienne. « On voyait le bébé sortir, couler tout mou comme une merde », renchérit Estelle.

 

Mais Cette vidéo intervenait après la venue du planning familial - pro-avortement - dans chaque classe et permettait ainsi de mettre en place le débat. C'était le but du professeur, et apparemment cela a fonctionner comme en témoigne cet élève dont l'article de Rue 89 donne la parole :

 

" Parmi les garçons, certains sont plus nuancés, à l'image de Quentin qui estime  que « l'avortement, il faut en parler, c'est un sujet de société comme les autres. On a discuté après la vidéo, j'ai bien aimé le débat… » "

 

La vidéo a donc  joué son rôle, celui demandé par l'Education Nationale, qui est de mettre en place un "débat contradictoire" *.
Vous allez me dire, "oui mais il ne s'agit de l'opinion que d'un élève". Il est bien écrit dans l'article " parmi les garçons, certains ..."

En outre, le professeur déclare  :

 

« Une immense majorité des élèves est contente du débat qui a eu lieu sur l'avortement ; toute une classe vient d'ailleurs de refuser de témoigner contre moi. »

 

 

Le délit d'opinion et la vérité qui dérange

 

Quel est le vrai délit de cette histoire?

 

Il m'étonnerait que l'Education Nationale ne se réjouisse pas de ce que l'école de la République apprenne à ses élèves à réfléchir, et que ceux-ci en soient satisfaits et aient aimé le débat.

 

Non, le problème est donc sans doute ailleurs : les images d'avortements sont génantes, et même pour le coup, prohibées.

 

Pourquoi? Parce qu'elles sont choquantes?

A l'heure où les sondages nous révèlent chaque année qu'une majorité d'adolescents a déjà vu un porno (les garçons plus que les filles), où l'on voit à la télé des films, non pas d'une rare violence, mais justement toujours plus violents et toujours plus réalistes, où on y entend tellement de gros-mots et de vulgarité, et ce à des heures de grande audience.

Et tout cela n'est combattu que pas un petit rond en bas de l'écran avec marqué -10, -12 -16 ou -18 ... Telle est la puissance du CSA, autorité indépendante, mais républicaine.

Non, le problème de l'Education Nationale et donc de l'Etat n'est pas le choc des images.

Certes, ce n'est pas parce qu'il y a tel ou tel programme à la télé que cela doit permettre à un professeur de montrer ce qu'il veut aux élèves (rappelons que le professeur a averti les élèves sur la vidéo, qu'elle était très dure à regarder et que ce qui le souhaitaient pouvaient partir).

 

Ce qui pose problème, comme l'a dit une élève, c'est que contrairement à la télé, il s'agit de quelque chose de réel, qui est véritablement arrivé. Ces images sont LA VERITE. Et c'est cela qui dérange (aucun lien avec le film d'Al Gore, mais le titre de son film est bien trouvé) :

 

« Ça m'a vraiment scié, c'était tellement réel, ça donnait envie de gerber », s'exclame Etienne. « On voyait le bébé sortir, couler tout mou comme une merde », renchérit Estelle.

 

Il est là le problème. L'avortement est légal en France jusqu'à 12 semaines de grossesse (soit 14 semaines d’aménorrhée). A ce stade, l'empreinte digitale - qui fait de chacun un être unique - a commencé à se former, le cerveau a donné de premiers signes d'activité et le coeur bat déjà depuis longtemps. Le foetus est déjà capable de faire des mouvements et d'ailleurs le début de la vie fétale est située à 8 semaines.

Il est là le problème. L'avortement est légal alors que le futur  bébé est déjà bien formé. Le détruire implique donc nécessairement quelque chose de visuellement atroce et gore.

C'est ce qu'on dit les élèves de la vidéo.

Il est donc bien compréhensible que tous ne puissent soutenir de telles images.

Mais pourquoi les interdire? Pourquoi serait-ce une faute que de regarder ou de proposer de regarder ces images qui ne sont que la conséquence des actes des Hommes (avec un grand H), qui auourd'hui sont en conformité avec la loi française (et d'ailleurs)?

 

L'article de Rue89 donne la parole à une "gynécologue-obstétricienne à Aix-en-Provence" qui malheureusement n'a pas de nom et qui déclare :

 

Dans cette vidéo, il s'agit « d'avortements tardifs pratiqués jusqu'à six mois en Espagne et quatre au Royaume-Uni », mais pas en France.

 

D'accord. On peut donc faire regarder cette vidéo aux élèves anglais et espagnols alors?
Il reste cependant sans doute bien avisé de la faire regarder à des élèves français, car beaucoup de gens ayant dépassé le délai légal pour avorter en France vont à l'étranger et notamment en Espagne et en Angleterre pour se faire avorter quand même.

Et surtout, c'est le conseil qui est donné a beaucoup de jeunes, par des associations ou des conseillers qui ont l'aval des pouvoirs publics! Sur le blog koztoujours, l'auteur du site a écrit un billet dessus début mars où il explique qu'un site de Skyrock, tasanté.com, associé avec la Région Rhône-Alpes et recommandé par elle (cliquez ici c'est écrit en gras en bas de la 1ere page), parle d'avortement aux jeunes en leurs disant :

 

« Si vraiment tu as dépassé les 14 semaines [d’aménorrhée], sache que d’autres pays européens ont des limites légales plus souples. En général « on » te renvoie vers des adresses à l’étranger si tu as dépassé celui appliqué chez nous. »

 

La vidéo semble alors vraiment de plus en plus bienvenue.

 

Le délit finalement, c'est d'abord la vérité, puis l'opinion d'être sûrement ou potentiellement contre l'avortement.

Qu'est-ce qu'un tabou? A l'origine c'est un interdit. Par extension, c'est devenu quelque chose dont ne doit pas parler.

Avant la loi Veil, l'avortement était tabou : il fallait être contre, et les femmes coupables d'avortement, aux yeux de la société ne bénéficiaient d'aucune compassion malheureusement et étaient traitées de criminelles sanguinaires.

Après la loi Veil, l'avortement est resté un tabou.

Ou plutôt, il en est redevenu un, mais on est passé d'un extrême à l'autre : il faut être pour.

Pas le droit de dire : " je suis contre l'avortement".

Et PIRE! On a même pas le droit d'en débattre, même pas le droit de poser la question! Non seulement on a pas le droit d'être contre, sous peine de se faire lyncher, mais on ne peut même pas poser la question "êtes-vous pour ou contre"? Non, c'est tabou.

 

A l'origine, un tabou est un interdit, un interdit religieux.

Aujourd'hui c'est un interdit républicain.

Mais il n'a rien de démocratique.

 

 

 

 

 

A venir, la 2nde partie.

 

* Voir Bulletin officiel spécial n°9 du 30 septembre 2010, Programme d'enseignement d'éducation civique, juridique et sociale en classe de seconde générale et technologique :

« Le débat argumenté est à privilégier. Il est une démarche pédagogique adaptée à l'exercice du jugement, en le mettant explicitement en relation avec le caractère délibératif de la démocratie et le principe du contradictoire dans la justice. Il importe, évidemment, pour lui donner son efficacité pédagogique, de l'ordonner en suivant les étapes de la préparation et de l'information, du débat proprement dit, avec les règles qui l'organisent, de la synthèse orale ou écrite qui permet d'en tirer une réflexion.»

 

Image rue 89 : digitlife.fr via google images

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